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Vins et spiritueux : les exportations française plombées par les tensions commerciales avec les États-Unis
information fournie par Boursorama avec Media Services 10/02/2026 à 15:51

Les tensions géopolitiques, les taux de change, mais aussi les changements de modes de consommation pèse sur le secteur.

( AFP / ROMAIN PERROCHEAU )

( AFP / ROMAIN PERROCHEAU )

Les exportations de vins et de spiritueux française ont reculé de 8% en valeur en 2025, notamment plombées par un net repli aux États-Unis sous l'effet notamment des nouveaux droits de douane imposés par le gouvernement américain.

Les ventes mondiales de vins, champagnes, cognac et autres alcools français ont atteint 14,3 milliards d'euros l'an dernier. Après trois ans de recul, elles représentent toujours le 3e excédent commercial de la France (après l'aéronautique et les cosmétiques), mais celui-ci régresse.

Aux États-Unis, leur premier marché à l'international, les ventes sont "lourdement" affectées par l'instauration de droits de douane auxquels s'ajoute depuis un an un taux de change euro/dollar très défavorable, explique la fédération du secteur : le repli est de 21%, soit 3 milliards d'euros.

"Les principales raisons, c'est effectivement la politique menée par le président Trump sur ses 'tarifs' et quelque part une forme d'agressivité envers tous les pays", souligne Gabriel Picard, président de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS). "La deuxième raison, qui n'est pas à négliger, c'est le taux de change. 15% de droits de douane et 10% de variation (des changes, NDLR), au total ça fait 25% de variation du prix, ce qui est énorme".

Cette année le bilan général montre aussi une baisse en volume (-3%). Aux États-Unis le repli en nombre de caisses est de 9%, conséquence aussi des incertitudes économiques pesant sur le comportement des consommateurs. "La grande question est 'où en est-on ? a-t-on touché le fond ?'", s'interroge Gabriel Picard.

Dans le même temps, les exportations vers la Chine ont marqué le pas , à 767 millions d'euros, soit un recul de 20% dans un marché fragilisé. Là encore, des taxes douanières appliquées par Pékin en rétorsion à des mesures européennes contre les voitures électriques chinoises ont pénalisé les ventes de cognac, armagnac et autres eaux-de-vie de vin. La mesure chinoise "nous a mis un genou à terre, on a perdu un quart du marché", a souligné Florent Morillon, de l'interprofession de cognac, qui retrouve son niveau de 2010.

Et l'accord trouvé in fine entre la Chine et plusieurs entreprises à l'été 2025 n'est "pas satisfaisant", car plusieurs PME subissent encore des droits de douane à 32%, explique-t-il.

Résistances des effervescents

Le marché à l'export des vins et spiritueux français est ainsi ramené à son niveau d'avant-Covid.

Le bilan reflète aussi une érosion lente et structurelle des volumes vendus sur tous les marchés traditionnels, y compris la France, sous l'effet principal des changements de modes de consommation , souligne la FEVS. "Pendant les années Covid, on a eu une explosion en valeur mais les volumes n'ont jamais suivi", relève Gabriel Picard.

En 2025, par catégories de produits, les exportations de vin ont reculé de 3% à 121 millions de caisses, malgré une bonne tenue des effervescents (+3%). Les ventes de spiritueux ont elles baissé de 17% en valeur, à 3,7 milliards d'euros, et de 5% en volume.

Dans ce contexte, le secteur appelle les pouvoirs publics à "la mise en œuvre des accords commerciaux négociés par l'Union européenne , porteurs de perspectives de développement importantes pour nos filières". Avec en tête, l'accord signé entre Bruxelles et quatre pays du Mercosur. "La souveraineté n'est pas la fermeture", plaide Gabriel Picard, alors que Paris s'est opposé à la ratification du traité, aujourd'hui renvoyé par le Parlement européen devant la Cour européenne de justice.

Quant à l'accord UE-Inde, qui réduit les droits sur les alcools européens, "c'est un bon signal" même si "la route est longue" avant que ce marché puisse se déployer, ajoute le vigneron bourguignon. "Détruire un marché prend quelques secondes, on l'a vu avec le cognac en Chine, mais le construire prend des années".

La filière des alcools en France, qui comprend 5.400 entreprises et porte 600.000 emplois directs et indirects, en appelle aussi à l'UE. "Les tensions géopolitiques ne vont pas s'arrêter demain. L'Europe doit être organisée pour cela et notamment soutenir les filières qu'elle expose à des rétorsions," notamment par des compensations financières, demande le secteur.

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